4.8.06

Retour à la ville

Quitter les villes, revenir à une vie pastorale, serait le meilleur moyen de régler une grande partie des problèmes environnementaux. Faux. Individuellement, que nous vivions à la campagne ou en ville, nous polluons autant. C’est notre mode de vie qui est source de pollution, non l’endroit où nous vivons. Pour polluer moins, nous devons changer de mode de vie, non pas nécessairement déménager. Nous avons même intérêt à vivre en ville : la ville permet des économies d’échelle !

Dans un article publié par NewScientist, Fred Pearce écrit que, au cours du XXe siècle, « les architectes ont construit les villes autour des voitures plutôt que des gens. » Le mode de vie banlieusard qui en a découlé est un désastre écologique. En voulant concilier campagne et ville, il impose des temps de transport de plus en plus longs, donc multiplie les pollutions.

Mais les gens ne fuient pas les centres ville que pour avoir leur bout de jardin, ils fuient aussi pour trouver des loyers moins chers. Il faut donc régler la crise du logement dans les villes. Solution : construire plus dense pour éviter que la surface des villes ne grandissent dangereusement. Pour réduire les transports, il faut rapprocher les gens les uns des autres et les rapprocher de leur lieu de travail. Il faut resserrer le tissus urbain plutôt que le relâcher comme c’est le cas aujourd’hui.

Qui a donc envie de vivre dans une ville super dense ? Personne ? Pas si sûr. Il faut imaginer de nouvelles villes, des écopolis avec jardins suspendus, cascades, éoliennes, panneaux solaires, transports silencieux, immeuble qui laisse passer l’air entre leurs étages pour se ventiler automatiquement… structures lumineuses qui ménagent de vastes espaces de verdure où chacun peut s’isoler tout en étant à proximité des autres. Il faut réintroduire la nature dans la ville, récupérer la place gagnée sur le réseau routier. Est-ce une utopie ? Non la Chine construit une telle ville, Dongtan, dans la banlieue de Shanghai sur l’île de Chongming.

Une écopolis peut-elle être planifiée ? Peut-elle être construire d’après un plan ? Sans doute pas. Les structures complexes, depuis Internet jusqu’aux villes, ont tendance à bourgeonner d’elles-mêmes. Fred Pearce note d’ailleurs que les villes les plus écologiques sont aujourd’hui les bidonvilles. C’est un paradoxe. Les bidonvilles sont souvent d’une insalubrité épouvantable et néanmoins leur empreinte écologique est plus faible que celle de n’importe quelle autre ville à densité équivalente. Il ne s’agit pas alors de nous dire que nous allons vivre dans les bidonvilles mais de s’inspirer de leur mode de construction, quasi organique.

Des millions de gens s’y auto-organisent en créant spontanément un tissu urbain resserré qui se parcourt à pied ou à vélo. Les habitations, qui utilisent abondamment les matériaux recyclés, ne sont pas très élevées, donc naturellement ventilées. Elles sont reliées par des étroites ruelles comme dans les villes du moyen-âge. Certes, leur hygiène est, elle aussi, moyenâgeuse, mais on peut imaginer que si les habitants des bidonvilles étaient plus riches, ils construiraient sans doute des villes idéales, en tout cas très agréables à vivre.

Moralité : c’est en faisant confiance à l’ingéniosité individuelle que nous trouverons la solution aux problèmes complexes de l’urbanisation.

source: Le peuple des connecteurs - Thierry Crouzet

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